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POURQUOI UNE ORTHOGRAPHE
AUTRE QUE L'ETYMOLOGIQUE ?
Le principe de lorthographe étymologique est de souligner le lien historique et génétique entre le créole et le français. Cest là une position tout à fait défendable, 70% du vocabulaire réunionnais étant dorigine française, mais à côté davantages réels, cette orthographe présente un grand nombre dinconvénients.
Les mots écrits suivant lorthographe étymologique transposent dans une langue (le créole) les structures phoniques et les catégories grammaticales dune autre langue (le français).
Exemple : la notation de lindice verbal i précédant les verbes en créole. Comme la lettre i nest jamais employée isolément en français, un scripteur « étymologique » se voit contraint de recourir à la lettre y qui en français note ladverbe « y ». Il écrit donc : marmaille y joué, moin té y reste dans ein grand case. Cest lexemple même de la fausse étymologie.
En créole, le pronom personnel en fonction objet, quil soit complément dobjet direct ou complément dobjet second, a une seule forme : amoin
azot, comme dans « Arsène la vï amoin bazar» et «Papa la dõne amoin in bonbon ». Il suffit pour sen persuader dappliquer la règle de substitution : « Arsène la vï Pierre bazar» et «Papa la dõne Antoine in bonbon ». Or, lorthographe étymologique. en graphiant séparément ces pronoms à moi (ou à moin), induit lemploi dune préposition à et une fausse analyse grammaticale.
Autre exemple : Extrait de Hery in Didier Maillot au Tribunal de Monsieur Dupar : « [
] navait di monde mauvaise langue [
]». hery à travers cette écriture reproduit la construction de la négation française, alors que en écrivant « navé » ainsi,on respecte le système du créole réunionnais. Car « navé » ne traduit pas une négation : « navé in ta domoun la fé la lang ».
Lorthographe étymologique fait apparaître dans lécrit des faits originels qui ne sont plus fonctionnels dans le créole daujourdhui. Exemple : les mots formés à partir de ti- (tipèr, tinon, tifiy) ou à partir de ma-, mon- (monpèr, matant) ne sont plus analysables en adjectif ti, et possessif mon, ma + nom, mais sont soudés. En français, on ne peut séparer les éléments constitutifs de «aujourdhui», «beaucoup» ou «malheur».
Lorthographe étymologique ne peut fournir de règles généralisables permettant de prédire et de reproduire la forme graphique des mots. Cette impossibilité de systématiser conduit :
à une importance excessive accordée à la mémorisation dans lapprentissage ; à des hésitations graphiques et à une situation dinsécurité (exemple :larticle français «un, une» est noté : avec noms «féminins» ein seconde, ein terre, ein grand case, mais eine eau, eine hère, einne qualité ; avec les noms «masculins» ein carré.)
Lorthographe étymologique ne donne pas de solution dans la transcription des mots dont létymon est autre que français : caïambe, cayamb, caïambre
rougail, rougaille
Lorthographe étymologique est vouée à la variation et à linstabilité puisque chaque scripteur détermine ses liens et sa distance entre le créole et le français; Dune ligne à lautre, dans le même texte, le même mot est orthographié de façons differentes.
Largument de la plus grande facilité de lorthographe étymologique nest pas pertinent. Son apprentissage est plus accessible seulement pour les usagers habitués aux conventions de lorthographe française. Ce qui ne veut pas dire quil ne faille pas apprendre lorthographe du français, bien au contraire. Mais on ne peut asujetir lécriture correcte du créole à la possession préalable de lorthographe française.
Largument selon lequel cette orthographe étymologique faciliterait lapprentissage du français est très contestable. La non distinction des codes entraîne la confusion des sens. Pour prendre un exemple, il est bien préférable, pour éviter les interférences, de noter kaz en créole réunionnais et «case» en français, les deux mots nayant pas le même sens. Il y a ainsi des milliers de mots (dorigine française) dont le sens en créole réunionnais nest plus le même quen français. Les distinguer orthographiquement amènera à une claire distinction sémantique.
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