LA LANG NOUT TOUT

Toutes les langues vivantes, y compris celles qui sont écrites (une minorité) sont composées de variétés. Le français parlé à Marseille n’est pas celui de Paris, celui du XVIe arrondissement n’est pas celui de la Goutte d’or. Aux Pays-Bas, à côté du hollandais, on parle le flamand, le brabançon, etc. On pourrait donner autant d’exemples que de langues. Le créole réunionnais n’échappe pas, bien entendu, à cette règle. Comment l’écrire, malgré tout ?


Les variétés de la langue réunionnaise.

Des tournures et des mots (mais en nombre assez restreint, du moins dans le langage courant) quelques points de grammaire dont l’expression du passé ; quelques «sons», des accents différents, permettent de distinguer deux grandes variétés populaires de créole : une variété dite «des bas» et une variété «des hauts». La langue varie aussi en fonction de l’âge, des couches sociales, etc. Mais ce qu’il faut ici souligner et qui est indéniable, c’est la parfaite intercompréhension de tous les Réunionnais lorsqu’ils s’expriment en créole : le parler des banlieues de Paris est très probablement plus éloigné de celui du XVIe arrondissement, que la variété de réunionnais de Saint-Joseph ne l’est de celle du Port. Or le français s’écrit !


Choisir une variété de créole réunionnais
comme base pour l’écriture ?

Dans tous les pays du monde, pour toutes les langues du monde, le choix d’une variété de langue au détriment des autres entraîne des réactions négatives, à moins que la variété choisie passe incontestablement, et aux yeux de tous, pour la plus belle, la plus noble (la langue de Dante par rapport aux autres dialectes italiens…) Dans tous les autres cas, ce choix pose problème.

Or c’est ce qui a été fait jusqu’à maintenant, depuis Héry jusqu’à kwz, en passant par Albany. La variété choisie est, bien entendu, aussi belle, à nos yeux, qu’une autre : c’est une variété de notre langue créole. Mais ce choix est une des causes des réactions de désaccord aux orthographes proposées jusqu’à maintenant. Racisme? Aliénation colonialiste ? Dans bien des cas les sentiments sont tout à fait différents : de nombreux Réunionnais ne réagissent négativement que parce que ce que l’on propose ne correspond pas à la variété de langue dans laquelle ils se sont formés, ont grandi, ont été aimés. Cette variété de langue fait partie intégrante de leur être, et ils vivent sa non prise en compte comme un rejet. Autant le racisme est condamnable, autant le désir de ne pas être rejeté est légitime.

Le choix d’une autre variété ne donnerait pas de meilleurs résultats. Laquelle, en effet, prendre? Le créole «des hauts»? Cette variété est trop souvent perçue, bien évidemment à tort, même par une grande partie de ses utilisateurs, comme de peu de valeur. Un créole francisé? Qui, parmi les défenseurs de la langue réunionnaise (et sans eux rien ne peut se faire) accepterait cela?


L’écriture d’une langue réunionnaise
coiffant l’ensemble des variétés.

Il existe une autre solution : adopter une koiné, une forme moyenne, une sorte de lieu commun des différents parlers. Ce problème (de forger une forme moyenne) se pose tout d’abord au niveau de la graphie : comment transcrire un mot prononcé de différentes manières sur le territoire, de façon à ce que tout le monde le reconnaisse et s’y reconnaisse !


Pour essayer de respecter les différentes variétés de créole réunionnais (et ceux qui les parlent) nous proposons :


pour noter ce que certains Réunionnais prononcent «i», d’autres «u». Ainsi mïr pourra aussi bien être prononcé «mir» que «mur», qu’un intermédiaire entre les deux.


pourra se prononcer «s» ou «ch» ou l’intermédiaire entre les deux : shanté (santé ou chanté)…


pourra se prononcer «é», «è» ou «e» ou l’intermédiaire entre les deux : flër (flér ou fleur)…

(z caron)
pourra se prononcer «z» ou «j» ou l’intermédiaire entre les deux : (manzé, manjé)